Les Glacières de la Banlieue
À Bordeaux, peu de lieux portent une histoire aussi singulière que celle des Glacières de la Banlieue.
Ancien hangar industriel construit en 1909 pour la fabrication et le stockage de glace, le site est devenu au début des années 1990 un espace consacré à la création contemporaine sous l'impulsion du Groupe des Cinq.
Depuis quarante ans, l'association développe une programmation indépendante mêlant art contemporain, architecture, performance, design, cinéma, création sonore, patrimoine et recherche expérimentale.
Les Glacières ne sont pas un simple lieu d'exposition. Elles constituent un espace culturel incontournable à Caudéran, lieu de vie du quartier et de la ville de Bordeaux.
Photographie : A. Sibelait, Bordeaux Métropole & F. Deval, Mairie de Bordeaux
Une programmation active et gratuite
Depuis quarante ans, les Glacières accueillent des projets mêlant art contemporain, architecture, création sonore, performance, design, installation, vidéo, cinéma, scénographie et recherches plastiques expérimentales. Le Groupe des Cinq privilégie les œuvres in situ, les projets collectifs, les formes hybrides, les expériences immersives et les temps de rencontre avec les publics.
Les Glacières constituent un espace de liberté artistique où peuvent émerger des formats atypiques difficilement accueillis dans des structures plus conventionnelles. C'est précisément ce qui les rend nécessaires dans le paysage culturel bordelais.
Le Groupe des Cinq organise chaque année entre 4 et 6 expositions et plus d'une dizaine d'événements culturels aux Glacières, accueillant entre 100 et 200 personnes par soirée et environ 2 000 visiteur·euse·s par an.
Toutes les manifestations sont gratuites et ouvertes à tous. Cet engagement n'est pas anecdotique : il traduit une conviction fondatrice, celle que la création contemporaine doit pouvoir se rencontrer sans condition d'entrée. Les rares événements payants ont pour seul objet de rémunérer les artistes et intervenants — ateliers, spectacles, formes participatives.
Un peu d’histoire
Un hangar qui résiste
Au cœur de Caudéran, à deux pas des boulevards de ceinture, un hangar de 500 m² se dresse avenue Alsace Lorraine. Rien, de l'extérieur, ne laisse deviner ce qu'il contient. C'est précisément ce qui en fait la force.
Les Glacières de la Banlieue sont construites en 1909, à une époque où réfrigérateurs et congélateurs n'existent pas encore. La conservation des denrées — laitages, poissonnerie, boucherie — repose sur des blocs de glace pilée qu'il faut fabriquer, stocker, puis livrer dans toute la ville. Le hangar devient rapidement un lieu stratégique de l'économie locale : garage hippomobile animé par des forgerons, bourreliers, palefreniers et cochers, puis par des mécaniciens et chauffeurs-livreurs dès 1919, quand les premiers camions remplacent les chevaux. Dans les années 1930, l'entreprise se diversifie avec la fabrication de boissons gazeuses et de bière.
En 1950, la charpente métallique d'origine cède la place à une charpente de bois rachetée au Château Fieuzal, grand cru des Graves à Léognan — un détail qui dit l'enracinement bordelais du lieu jusque dans sa structure.
En 1989, l’entreprise ferme ses portes après quatre-vingts ans d'activité. Le bâtiment aurait pu disparaître.
En 1990, l'architecte Jean de Giacinto découvre le lieu et décide de le conserver — non pas comme une relique, mais comme un outil. Ce geste fondateur est le premier acte d'une histoire qui n'a pas cessé depuis.
Photographies : Philippe Ruault
Une architecture qui habite sans transformer
En 1990, Jean de Giacinto acquiert les Glacières et y installe le Groupe des Cinq. Le parti pris est immédiat : ne pas rénover, ne pas effacer — habiter. Les murs gardent leur rugosité, la charpente reste visible, les cimaises s'installent sur les parois de l'ancien garage.
En 2002, le geste architectural devient plus radical encore. Jean de Giacinto choisit de construire à l'intérieur du hangar une serre contemporaine de verre et d'acier de 150 m². Au lieu d'effacer le bâtiment industriel, la nouvelle architecture s'insère dans sa coquille comme une structure autonome. La lumière pénètre par la toiture, où des rangées de tuiles traditionnelles ont été remplacées par des tuiles de verre. Les murs anciens conservent leur fonction de galerie et de cimaises. Le lieu devient une architecture hybride : atelier, espace d'exposition, laboratoire, serre créative — accueillant à la fois une agence d'architecture et l’association.
Depuis l'avenue Alsace Lorraine, la première chose que perçoit le visiteur est le grand portail coulissant : 4 mètres sur 4, en matériaux composites et résine translucide, dans l'épaisseur duquel est figée une photographie de vaches en prairie. Cette image bucolique en décalage avec la ville interroge la place de la nature dans l'espace urbain. Ce n'est pas une décoration : c'est une œuvre à part entière, exposée en permanence sur la façade. Les vitrages colorés en partie haute, du bleu au jaune, apportent une dynamique de transparences visible depuis la rue.
Un espace d'exposition atypique
Les Glacières disposent de 300 m² d'espaces modulables, de grandes cimaises, de coursives, d'espaces immersifs et d'une architecture propice aux installations in situ. Quatre alcôves d'exposition orientées Nord/Sud/Est/Ouest offrent des cimaises de 3,30 m de hauteur sur 2,45 m de largeur, avec éclairage par projecteurs directs ou indirects et moniteur vidéo.
Le lieu conserve les traces de son histoire industrielle tout en accueillant des formes contemporaines expérimentales ou affirmées. C'est cette tension — entre le brut et le contemporain, entre la mémoire et la création — qui en fait un cadre sans équivalent dans le paysage bordelais.
La maison de papier – La Fabrique, 2019
Mois de la photo, 2026 © Emma Bordeau
Celia Gouveiac, 2026 © © Stephanie Juarez
Les œuvres pérennes cachées aux Glacières
Des fresques ont été réalisées sur la charpente par Siona Brotman (1992), puis sur les murs par Christine Bourel (1992), Saïr et Repaze (2013), Alexandre Thomassin (2013) et A-MO (2018)…